Vous avez aimé Hadopi ? Vous adorerez la loi LOPPSI/2

Kim Jong that is.
Kim Jong that is. – CC BY-NC-ND the_fre3q

Depuis des mois, vous avez pu voir tout le bien que je pensais du projet de loi Hadopi porté par Christine Albanel.

Voyez-vous, dans ces lieux j’essaie autant que possible de ne pas m’immiscer dans les débats politiques pour ne pas cristalliser les positions de chacun et pour éviter que les commentaires ne deviennent une arène ou une foire d’empoigne où les points Godwin fleuriraient à foison. J’estime que vous n’avez pas à connaître mes positions – si tant est que j’en ai – et je ne souhaite pas contrarier les vôtres ;).

Et puis, à l’origine, je n’avais pas vraiment ouvert ce blog pour ses raisons, je voulais surtout mettre en avant des sujets qui m’intéressaient. C’est pour cela que je ne mets pas en avant une quelconque tendance politique, et lorsque j’en parle, je m’efforce d’être objectif autant que possible et de taper sur tout le monde quand c’est justifié. Je ne suis définitivement ni partisan, ni militant et encore moins pom-pom girl.

Mais, dans la mesure où je suis très concerné par les technologies (NTIC), il était assez difficile de ne pas en parler et de passer tout ça sous silence. Je regrette d’ailleurs de ne pas avoir commencé plus vigoureusement à l’époque de DADVSI, mais je n’avais pas vraiment de weblog définitif. Au final, j’ai traité en long, en large et en travers de l’Hadopi, de ses faiblesses, de ses manquements, de ses risques ; je n’y attarderai donc pas davantage dans ce billet, bien que j’aurai l’occasion d’en parler à nouveau, que cela concerne l’Hadopi ou n’importe quel sujet du même acabit sur le droit d’auteur, les tendances numériques et tout ça !

Je tenais juste à préciser une chose pour les quelques pégus qui pensent que les individus contre Hadopi sont contre le droit d’auteur. Autant dire ce genre de bêtises : si un individu est contre une loi anti-terroriste qui bafoue les libertés citoyennes, alors il est pour le terrorisme. Dans le genre raisonnement étriqué que certains portent comme un argument, difficile de faire plus « bas de plafond » !

Bref.

Maintenant que la loi Hadopi a été adoptée par le Parlement français, le gouvernement va lancer un nouveau projet de loi qui complétera son arsenal sur les systèmes informatique et Internet. Son nom ? La LOPPSI/2 (Loi d’Orientation et de Programmation pour la Performance de la Sécurité Intérieure). Dépeint comme l’outil idéal pour la cybersécurité, la LOPPSI/2 va permettre à l’État de s’introduire dans la vie privée de chacun, constituant ainsi une violation grave des libertés individuelles.

Mais on est plus à ça près pas vrai ?

Ainsi dans un article du Monde, on apprend que des logiciels espions pourraient s’introduire dans n’importe quel poste informatique « sans le consentement des intéressés, d’accéder à des données informatiques, de les observer, les collecter, les enregistrer, les conserver et les transmettre, telles qu’elles s’affichent pour l’utilisateur ou telles qu’il les y introduit par saisie de caractère« . En clair, la LOPPSI/2 vise à donner la possibilité au gouvernement de surveiller les activités informatiques de ces citoyens en quasi temps réel.

Avec une enveloppe d’un milliard d’euros sur cinq ans, la LOPPSI/2 vient donc élargir la vision sécuritaire (qui a dit autoritaire ?) qu’ont les autorités sur la technologie et le numérique en « légalisant » la mise en place de chevaux de Troie chez l’internaute. Dès lors, c’est la porte ouverte à toutes les intrusions. Techniquement, le dispositif pourra être mis en place n’importe quand, soit physiquement (avec la mise en place d’une clé de connexion dans l’ordinateur à surveiller), soit par transmission par un réseau de communications électroniques. En clair, en s’infiltrant à distance dans la machine à espionner.

À ce propos, notons que la DADVSI évoque aussi les mouchards électroniques : article additionnel 10bis C de la loi Hadopi à l’article 15 de DADVSI permettant notamment à la « Direction Centrale de la Sécurité des Systèmes d’Information » (DCSSI) de s’affranchir du contrôle des logiciels mouchards susceptibles d’être installés par les administrations de l’État, les collectivités territoriales et les opérateurs publics ou privés.

Ainsi, plus besoin de vérifier la légalité des logiciels utilisés par les services étatiques !

Mais ce n’est pas tout.

La LOPPSI/2 comporte un volet « fichier informatique » d’analyse sérielle  intitulé Périclès qui est très prometteur :  avec celui-ci, il sera désormais possible de faire des croisements de n’importe quel renseignement disponible pour lutter au mieux contre tous les types de délinquance. En effet, Périclès pourra effectuer des rapprochements entre les différents fichiers judiciaires déjà existants comme le STIC ou JUDEX. Mais pour que Périclès soit performant, il va devoir contenir de nombreuses données liées à la vie du citoyen avec à la clé des risques de dérives : numéros de cartes grises, de permis de conduire, de puces de téléphones mobiles (IMEI), de factures diverses…

On vit une époque formidable.

Pour résumer, vos mails, vos contributions sur des forums de discussions, votre présence en ligne et vos conversations via IM (Skype, Windows Live Messenger, GTalk…) seront des cibles potentielles de la LOPPSI/2.

Reste à savoir où le délire sécuritaire va s’arrêter.

4 Trackbacks

  1. [...] encore moins en train de rénover la Démocratie) sera le super fichier informatique de la Loppsi. Soren résume très bien cette partie du futur projet de loi : Avec celui-ci, il sera désormais possible de faire des liens de n’importe quel renseignement [...]

  2. [...] ne vous cache pas une franche hostilité vis-à-vis de ce texte de loi. Tout d’abord, parce qu’il apparait comme un texte fourre-tout : on y retrouve [...]

  3. [...] encore moins en train de rénover la Démocratie) sera le super fichier informatique de la Loppsi. Soren résume d’ailleurs très bien cette partie du futur projet de loi : Avec celui-ci, il sera désormais possible de faire des liens de n’importe quel renseignement [...]

  4. [GUEST] Analyse de l’étude d’impact de la LOPPSI…

    Wotan est de ces exilés de France qui ont une vision très critique d’une partie de l’actualité française, en particulier vis à vis de tout ce qui touche à Internet. Nous suivons ensemble les débats sur le projet de loi HADOPI à l’Assemblée Nationale…

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