Casse-toi (de mon cadre) pauvre con


Barack Obama – US government work The Official White House Photostream

Sublime.

L’hyper-président, l’omni-président, celui qui nourrit bien des fantasmes et des craintes, absent d’une photo officielle du gouvernement américain. Pire, coupé de la photo. Retiré de l’Histoire. Par la Maison Blanche elle-même.

La presse française a souvent évoqué les relations difficiles entre les deux hommes. C’est sans doute vrai. Obama n’a jamais vraiment connu l’Europe, ses habitudes, son fonctionnement, son rythme. Le parcours atypique du président américain l’a ainsi tenu loin de certains rituelles et de certaines traditions. Il n’en connait sans doute que les grandes lignes, assez loin des arcanes européens. Dans sa relation avec Sarkozy, pour expliquer cette disharmonie, on avance tour à tour de différence de caractère, de méthode ou d’objectif. Chacun y va de sa petite analyse pour comprendre pourquoi les deux hommes s’apprécient peu.

Mésentente cordiale entre les deux rives de l’Atlantique ?

Sans doute ne le saurons-nous jamais. Quoiqu’il en soit, les divergences politiques et stratégiques sont nombreuses malgré toute la mise en scène théâtrale de l’amitié retrouvée entre les deux pays (c’était nécessaire de toute façon à l’issue de l’ère Bush), ici incarnée par la proximité affichée des deux présidents, les rapports humains ne seraient donc pas si idylliques. Et ce ne sont pas les sujets qui manquent pour révéler les différences de vue : l’attention d’Obama se porte  ainsi de plus en plus vers l’Est, pour regarder l’avenir du monde là où il se trouve désormais : en Asie. Le développement accéléré de la Chine, la nucléarisation de la Corée du Nord, le cas de Taïwan et le détroit de Formose… l’ensemble de ces sujets sont traités d’abord par les États-Unis, ensuite par les grands pays de la région. Aucune place pour l’Europe dans ces débats Pour une ancienne grande puissance qu’est la France, ce n’est sans doute guère agréable d’être tenu à l’écart de l’évolution stratégique du monde.

L’armement nucléaire ensuite. L’un formule le vœu (pieu ?) d’une disparition prochaine de toutes les armes de destruction massive, tandis que l’autre prévient que la défense de son pays s’articule justement autour de cette composante essentielle. Et puis la dissuasion nucléaire, c’est juste pour dissuader n’est-ce pas ? On pourrait continuer à l’envie pendant un moment : la discorde sur la présence ou non de la Turquie dans l’Union européenne, idée soutenue par les États-Unis, mais rejetée par la France. L’appel d’Obama de poursuivre les efforts en Afghanistan (et par extension au Pakistan), tandis que Sarkozy refuse tout déploiement supplémentaire (bien que des hélicoptères supplémentaires ont été envoyés sur place). Me vient également le G8 ou le concept de refondation du Capitalisme… et cetera desunt.

Que deux nations défendent des intérêts divergents, c’est une chose que se conçoit aisément. Qui se comprend même. La raison d’État fait que, même entre amis et alliés, les visions peuvent se heurter et conduire à une différence d’appréciation – et de décision. Mais j’étais loin d’imaginer que cette mésentente allait jusqu’à transparaitre sur des médias officiels. Même en regardant sur d’autres photos tagguées du mot-clé ‘Sarkozy’, on ne peut pas dire que c’est très folichon ou flatteur pour le président français. Il est au choix : loin, de dos, hors champ, en bordure de photo, dans l’ombre ou grimaçant Enfin, à la décharge de la Maison Blanche, le but premier est de mettre en valeur le président américain.  Pas de soutenir l’image du président français. Rappelez-vous que c’est grâce aux réseaux sociaux, aux sites communautaires et plus généralement au web que Barack Obama doit en grande partie son élection historique.

Comme le rappelle d’ailleurs Owni, « la Maison Blanche, depuis l’arrivée de son nouveau cyber président, a pris pour habitude de publier une multitude de données et de contenus sous une multitude de formes. YouTube, Twitter, Flickr, verbabim des disours, conversations au coin du feu – version Matrix – sur le channel YouTube de barackobama.com… Tout y passe. Souvent sous licence Creative Commons, toujours le plus ouvert possible, pour faciliter la propagation du message dans tout les recoins de l’internet. »

Autrement, j’adore le flux officiel des photos de la Maison Blanche. Non seulement les photos sont magnifiques (Canon EOS 5D Mark II oblige), mais on découvre à travers les prises de Pete Souza une sorte d’envers du décor, de nouvel angle de vue. Tout est remis en perspective et abordé différemment. Dans la catégorie Behind the Scene – Presidential Trip June 2 – 7, hormis la photo affichée ci-dessus, j’ai beaucoup apprécié ces moments d’intimité que la famille Obama a laissé apparaitre, comme la visite de Notre-Dame de Paris ou le Centre national d’art et de culture Georges-Pompidou.

Moralité ?

« Sarkozy, je te vois (plus). »

Source : Owni, eGouvernement : vers l’incident diplomatique ?

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