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Nom de Dieu de bordel de merde

Blasphemy
Blasphemy – CC BY-NC-SA mjkeliher

La scène se passe un soir, dans un pub dublinois. Vous alliez trinquer aux beautés du Connemara et aux mânes de James Joyce quand patatras, la pinte de stout glisse des mains du serveur. Le contenu vous éclabousse, le contenant se brise et le très laïc français que vous êtes pousse un «Nom de Dieu de bordel de merde» au lieu d’un «sept ans de malheur». Eh bien depuis le 1er janvier 2010, vous risquez de régler une amende de 25.000 euros. Addition très salée pour une bière pas même consommée, et surtout un mot malheureux. Mais ainsi va la volonté du législateur, à défaut de connaître celle de Dieu. Ce qui devait être un simple remaniement du droit de la presse irlandais à la faveur d’une loi sur la diffamation a abouti à l’instauration d’un délit de blasphème douloureux pour le portefeuille.

[...]

La liberté du fidèle primerait-elle un jour sur une liberté d’expression dont l’un des prédicats est aussi le droit à l’incroyance? L’éternel débat penche aujourd’hui dangereusement. Sans le vouloir, la loi irlandaise vient conforter les régimes théocratiques les plus répressifs. Lesquels auront beau jeu de rétorquer à tout moment aux protestations internationales contre le châtiment d’un blasphème: «Pas d’ingérence. Vous faites pareil!»

Benoît Hervieu, Reporters sans frontières, Irlande : la loi sur le blasphème conforte l’extrémisme religieux – Slate

Vous avez la parole, prenez-là mon vieux !

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