De la lecture pour tous

Iqra: Read
Iqra: Read – CC BY-NC Swamibu

Salut à vous chers lecteurs !

Vous l’avez peut-être remarqué, ces derniers jours ont connu une certaine agitation dans les commentaires du blog, puisque j’ai eu un échange assez vif avec Florence Soriano-Gafiuk. À l’origine, je relatais la ô combien malheureuse entorse de l’UMP au droit d’auteur en diffusant illégalement sur Internet une musique du groupe MGMT utilisée pour sonoriser un meeting politique. Cette affaire m’avait franchement amusé puisque les responsables du mouvement donnaient vraiment l’impression qu’ils se tiraient une balle dans le pied, à quelques jours de l’arrivée d’Hadopi devant le parlement.  Suite à cette actualité, j’ai diffusé l’information sur différents agrégateurs de contenus pour attirer l’attention des internautes sur cette actualité. Et puis peu après, j’ai eu ce privilège rare de recevoir un commentaire d’une déléguée UMP qui s’étonnait de l’étrange procès que je faisais à son parti politique. Certes, il est vrai que j’ai trouvé cette affaire tout à fait cocasse puisque l’UMP se trouvait dans la position délicate d’arroseur arrosé. Songeant à lui répondre tôt ou tard, je suis parti en quête de matière pour préparer ma réponse, lorsque je suis tombé sur le même commentaire sur le blog d’un ami. Intrigué, j’ai effectué quelques recherches et j’ai trouvé 31 autres occurrences du même message sur le web : sur des blogs, des sites internet et même des forums.

Depuis, j’ai rédigé une nouvelle note me permettant à la fois de répondre à son commentaire et de critiquer la manière utilisée pour diffuser son opinion. En effet, il aurait été plus simple pour elle d’écrire un billet sur son blog et de le diffuser sur des agrégateurs de contenus. Finalement, mon message l’a incité à sortir de son mutisme une deuxième fois pour cette fois m’envoyer un nouveau message bien plus fleuri que le précédent. J’aurais bien répondu un tant soit peu sur le fond, malheureusement, son commentaire manquait d’épaisseur pour engager un débat de fond. Comme l’un souligné l’un des autres intervenants, son message était uniquement destiné à juger non pas les idées, mais critiquer celui qui les porte. C’est la technique de l’argumentum ad hominem, idéal pour agiter un chiffon rouge et esquiver le vrai débat, puisque la discussion ne s’engage pas sur l’affaire mais sur ma personne. Triste manœuvre pour masquer la vacuité de l’argumentaire ? Voici donc un petit condensé de la petite dizaine de paragraphes qu’a rédigé Florence a rédigé à mon endroit : il s’avère donc que Florence me considère comme un individu aux réponses maladroites et compensées [...], toutes médiocres, toutes semblables, prompt à l’émotion dû sans doute à un pur produit de [mon] esprit angoissé et paranoïaque [...] projetant [...] [des] craintes semi-obscures qui habitent mon inconscient tourmenté.

Au regard de son message plein de sympathie, j’ai donc supposé qu’il fallait avoir une autre approche avec notre inénarrable Florence. Pas le choix puisque je suis dans mon rôle de « trublion amateur » usant pour l’occasion de toute la mauvaise foi imaginable en la circonstance ! Rien que ça. Bigre, vous devriez prendre exemple sur notre chère ministre de la culture et écrire des romans également ! Donc chers lecteurs, le masque est tombé, vous êtes alors nombreux à subir (ou apprécier ? ;)) mes délires fantasmatiques de mon esprit angoissé et paranoïaque. C’est le lot de ceux qui portent en eux des craintes semi-obscures habitant leur inconscient tourmenté. J’ai toujours été amateur de psychologie de comptoir, ça donne une autre dimension à la discussion.

Mais revenons au but premier de ce billet. Je ne connais pas les positions de Florence sur le projet de loi Création et Internet, porté à bout de bras par Christine Albanel. S’aligne-t-elle sur les positions de Nicolas Sarkozy et de Christine Albanel ou bien se forge-t-elle son propre avis, avec peut-être un certain scepticisme, voire une certaine hostilité ? En tout cas, la base de son parti, bien divisé sur la question si l’on en croit les commentaires publiés sur le blog officiel de l’UMP. Parce qu’après tout, ce problème bénin entre l’UMP et le groupe MGMT appelle une problématique plus large, avec des questions complexes sur l’avenir du téléchargement, du droit d’auteur, de la licence globale et de la révolution sociale que ces thèmes engendrent.

Dans le doute, donc, j’ai décidé de fournir des documents qui permettront peut-être de nourrir la réflexion de Florence. De toute manière, je suis certainement disqualifié depuis longtemps aux yeux de Florence, alors je vais recourir à un moyen simple, le recours à l’autorité ; pour cela, je vais me baser sur le billet d’une amie et bloggueuse, Vem, qui avait déjà réuni quelques ouvrages intéressants sur le sujet. Donc Florence, puisque vous n’accordez aucun crédit à ce que raconte, lisez donc la suite de ce billet.

Du bon usage de la piraterie, de Florent Latrive

C’est un mouvement sorti de nulle part, mais qui est désormais présent partout dans le monde. C’est un mouvement qui vise à modifier dans l’esprit d’un public oublieux une idée familière et confortable. Cette idée veut que la propriété doit être protégée, que la culture et la connaissance peuvent être appropriées, et qu’en conséquence la culture et la connaissance doivent être protégées de la même façon que nous protégeons n’importe quelle propriété. Comme l’a résumé l’ex-président de la Motion Picture Association of America Jack Valenti : « Les titulaires de droits de propriété intellectuelle doivent se voir accorder les mêmes droits et la même protection que tous les autres propriétaires… »

Durant ces dernières décennies, cette vision erronée était inoffensive. Avec l’émergence des technologies numériques, il est désormais indispensable de la combattre. Car si ces technologies permettent un extraordinaire bouillonnement créatif et facilitent la circulation des savoirs, elles peuvent aussi être utilisées pour restreindre et contrôler la culture et la connaissance d’une façon qu’aucune société libre n’a jamais tolérée jusque-là.

Culture libre – Comment les médias utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité, de Lawrence Lessig

Le copyright (ou le droit d’auteur, les subtiles différences entre ces deux régimes juridiques n’ont pas la moindre importance ici), est entré avec fracas dans l’ère du numérique. Aujourd’hui, il est devenu une menace majeure pour la Culture. Pas pour l’industrie de la Culture, mais pour la Culture, une distinction qui, en France, a disparu.

Ce n’est pas la première fois qu’une loi que l’on pensait éternelle se heurte de façon violente à un changement majeur de son environnement technologique. Dans ce livre, Lawrence Lessig nous raconte comment, en son temps, le droit de propriété terrien s’est lui aussi heurté à une invention, l’aviation, et a été, lui, révisé pour faire place au progrès.

The Economics of Patents and Copyright, de François Lévèque et Yann Ménière

Economics is a powerful instrument to understand the current controversial issues on intellectual property: e.g., the extension of patents to software and business models, the lengthening of copyright protection, the compulsory licensing of pharmaceutical products or the legal suits against music downloaders.

Economics is also a powerful instrument to improve public policy. It helps to design the appropriate reform to adapt intellectual property law to the 21st century.

Pour compléter ces documents placés sous licence Creative Commons, je me permets d’attirer votre attention sur deux autres ouvrages ayant également un lien avec les thématiques évoquées plus haut : La révolution musicale : liberté, égalité, gratuité, de Philippe Axel, et Comment le web change le monde, de Francis Pisani et Dominique Piotet. Et puis allez, un dernier pour la route : Internet et Création, de Philippe Aigrain. On est loin des groupuscules dépeints par Christine Albanel, non ?

Pour finir Florence, si définitivement vous n’êtes pas convaincu par ces ouvrages, je vous recommande la lecture de l’éditorial rédigé dans le New York Times par Paul Krugman, Prix Nobel d’Economie 2008, et expliquant pourquoi il est favorable au téléchargement gratuit. Sans parler des nombreuses études montrant que le téléchargement « illégal » n’a finalement qu’un impact marginal, si ce n’est pas d’impact du tout, sur la baisse des ventes ; mieux que ça, il aurait même un effet positif sur le moyen et le long terme. Lisez donc par exemple les études menées par l’Harvard Business School et l’ENST (Ecole Nationale Superieure des Telecommunications).

N’hésitez par ailleurs pas à parcourir les archives de mon blog, mais également à vous rendre sur les sites suivants : Ecrans, Numérama et ReadWriteWeb.

Encore une chose. Nicolas Sarkozy avait mandaté Jacques Attali pour la rédaction d’un rapport – appelé mode d’emploi par ses auteurs – visant à relancer la croissance. Dans ses conclusions, le rapport préconisait la licence globale et s’opposait à la mise sous tutelle et à la surveillance de l’ensemble des utilisateurs d’Internet :

« La société politique doit faire en sorte que la démocratie gagne la bataille contre le marché ou, au moins, ne la perde pas. D’une part, le marché doit être efficace car les rentes sont créatrices d’inégalités ; d’autre part, la démocratie, c’est-à-dire la gratuité, conserve son champ. Je pourrais vous citer bien des propositions de la commission qui vont dans ce sens : par exemple, nous prenons parti contre le projet Olivennes de mise sous tutelle et surveillance de l’ensemble des utilisateurs d’Internet. »

— Jacques Attali, avril 2008, lors d’un débat organisé par le Monde

5 Comments

  1. Slack says:

    Tu devrais peut-être essayer de poster des photos où tu poses avec une chêvre, il parait que ça rend sympathique :)

  2. C’est beau une nouvelle amitié qui naît :-)

  3. @ Slack : c’est certainement le côté tradi-franchouillard, mais étonnamment ça ne m’attire pas plus que ça ^^’…

    @ Guillaume : tu vas vite en besogne =P.

  4. J’ai rattrapé mon retard et ai été lire toute l’histoire… Distrayant ^^

    P.-S. : +1 pour la photo avec une chèvre

    P.-S. II : Soren, soigne ta paranoïa… xD

  5. @ Vem : comme tu vois, c’était très animé ^^.

1 Trackback

  1. [...] rappel, Jacques Attali avait accepté une mission confiée par Nicolas Sarkozy nouvellement élu. L’objectif était de trouver les [...]

Post a Comment

Your email is never published nor shared. Required fields are marked *

*
*
Version Audio
Recharger l'image

Additional comments powered by BackType